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Le
garçon et la chenille |
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Dès
qu’il s’installait sur le banc, à côté du potager où
s’alignaient les carottes, les salades et les choux, une petite
chenille verte glissait vers lui et venait manger les miettes de
brioche, que l’enfant répandait pour elle, tant il aimait la regarder
grignoter et faire onduler son long corps soyeux. Quand
d’aventure elle ne paraissait pas, doucement il chantonnait: Chenille,
Petite Chenille, Et
la petite chenille sortait alors du chou, dans lequel elle habitait, et
rejoignait le petit garçon, pour partager son goûter. Or,
un après-midi qu’il était à l’école, sa maman alla chercher un
chou dans le potager, et elle prit justement celui dans lequel la petite
chenille avait sa maison. Avec un grand couteau, elle commença à détacher
les feuilles, une à une, et se mit à les laver sous l’eau tiède. La
petite chenille, terrifiée, se cramponna de toutes ses forces à la
sienne, mais un tel torrent d’eau se déversa soudain sur elle,
qu’elle lâcha prise et tomba au fond de l’évier, où elle
tourbillonna, avant d’être engloutie dans la canalisation. Le
petit garçon, quand il revint de l’école, emporta comme d’habitude
son goûter au jardin, et se mit à chantonner: Chenille,
Petite Chenille, Mais
il eut beau reprendre et reprendre la chanson, la chenille resta
invisible. Fouillant des yeux le jardin, il se mit à chercher le chou
dans lequel habitait son amie, mais il ne trouva rien. Le chou avait
disparu, il n’en restait que quelques feuilles jaunies, et aucune
trace de la chenille… Soudain,
le petit garçon se rappela la bonne odeur qui l’avait accueilli
lorsqu’il était rentré de l’école : cette odeur chaude et
enveloppante, ce fumet délicieux, oui, cela sentait le chou! Sa
maman avait préparé le chou, mais qu’était devenue la chenille? Angoissé,
le petit garçon rentra aussitôt à la maison, et se mit à chercher
partout, dans le moindre recoin. Mais elle n’était nulle part, et
plus il y pensait, plus il se disait qu’elle devait être morte, et
aveuglé par les larmes, le cœur broyé comme dans un étau, il se
sentit seul, terriblement seul, et il s’assit pour pleurer. Sa
maman eut beau essayer de le consoler, rien n’y fit. «Se mettre
dans un tel état pour une chenille», lui répétait-elle,
«n’est-ce pas insensé? Tu en trouveras une autre,
le jardin en est plein», et elle l’embrassa tendrement, persuadée
que le lendemain, il aurait oublié. Mais
les jours passèrent, et le petit garçon pensait toujours à la
chenille. Quand elle venait manger avec lui, il grandissait en force et
en santé, alors que maintenant, il perdait ses belles couleurs et
maigrissait de plus en plus. Un matin, il ne put se lever de son lit,
tant il était faible, et le docteur, que sa maman avait appelé, déclara
qu’il était très malade, et le petit garçon comprit qu’il allait
mourir, et que rien ne pourrait le sauver. La
nuit suivante, comme il ne trouvait pas le sommeil, il se mit à
observer les étoiles qui scintillaient au firmament, et soudain, il lui
sembla que l’une d’entre elles bougeait et grossissait, comme si
elle venait vers lui. Repoussant ses couvertures, il s’assit dans son
lit pour mieux voir, et il s’aperçut qu’une boule lumineuse était
entrée par la fenêtre entrouverte. Avec un bruit de clochettes, la
boule s’ouvrit et une toute petite femme en sortit, tenant à la main
une baguette. La
fée, car c’en était bien une, s’approcha du petit garçon et lui
dit: «Ton amie la chenille n’est pas morte. Elle est
blottie dans son cocon, qu’elle a filé comme elle a pu, après avoir
été chassée avec les eaux sales dans le talus derrière la maison .
Si ta maman le trouve et en prend soin, tu retrouveras ton amie et tu guériras».
Elle toucha alors le cœur
du petit garçon de sa baguette, et disparut comme elle était venue, ne
laissant derrière elle qu’une traînée de lumière. Comme
si ses forces lui étaient revenues d’un seul coup, le petit garçon
pu se lever, et courir jusqu’à la chambre de sa mère: «Maman»,
lui dit-il, «il faut que tu ailles chercher la chenille. Elle a
construit son cocon sur le talus derrière la maison. Si tu en prends
soin, je retrouverai mon amie et je guérirai, la fée me l’a promis!» Sa
maman, croyant qu’il délirait, et craignant qu’il n’attrape froid
ainsi pieds nus sur le sol, le reconduisit dans sa chambre, et à peine
le petit garçon fut-il couché, qu’il tomba profondément endormi. Dès
lors, il ne se réveilla plus. Ses paupières restaient closes, sa
respiration légère allait et venait, et un sourire flottait sur ses lèvres,
comme s’il faisait un rêve délicieux. La
mère ne parla à personne de ce qui s’était passé cette nuit-là.
Bien qu’elle n’ait pas cru un mot de ce que son petit garçon lui
avait dit, elle était si désespérée qu’elle s’en alla tout de même
inspecter le talus, derrière la maison. Et à sa grande surprise, elle
y trouva un cocon, mal attaché à une brindille, et que le vent aurait
tôt fait d’emporter. Emue à la pensée de ce petit être sans défense,
dont la vie était suspendue à un fil, si ténu qu’un souffle pouvait
le briser, elle détacha la brindille avec précaution et l’emporta
avec son précieux fardeau dans la chambre de son fils, où elle
l’accrocha solidement à l’une des tentures. Les
journées et les nuits se succédaient, toutes semblables, et puis un
jour, la mère perçut dans le cocon un léger mouvement, et petit à
petit, une patte, deux pattes se dégagèrent puis le papillon lui-même
apparut, tout recroquevillé, et déploya ses ailes fripées, mais déjà
éclatantes de beauté. La
mère l’observait, émerveillée, quand le papillon s’envola
brusquement et vint se poser délicatement sur les lèvres du petit garçon
endormi. Et juste à cet instant, comme par enchantement, il ouvrit les
yeux, et reconnut son amie la chenille, devenue maintenant un magnifique
papillon. Ils étaient à nouveau réunis! Et le petit garçon se jeta dans les bras de sa maman, dont l’amour les avait sauvés tous les deux de la mort, et leur avait rendu leur joie de vivre.
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